La revanche de César Birotteau

On a connu le paradoxe du  « responsable mais pas coupable », ouvrant la voie au « principe de précaution”, on s’indigne avec le retour du « tous menteurs », mais on oublie que nous formons l’essentiel de ce « tous ».

Le mensonge des puissants participe du spectacle démocratique, de tout temps.

Que l’Assemblée chinoise réunisse 83 milliardaires en dollars, qu’un président africain le devienne, lui et sa famille, en quelques années, ne nous surprend pas plus que d’apprendre qu’un ancien ministre de l’Intérieur se versait d’extravagantes primes en liquide ou que le fils de Fabius, emprunte 7 millions d’euros pour acquérir un bien modeste logement.

Sur tous les continents et tous les régimes, il y a une fatalité avec la réussite et l’argent. Et le plus louche, en tout cas le plus dénoncé, est celui gagné par ceux qui prennent de vrais risques, vivent dans la précarité « entrepreneuriale », créent des emplois et des richesses, et bien souvent perdent tout.

Jusqu’à ces derniers jours, ces aventuriers défaits étaient fichés…à la Banque de France. Peu importe leurs efforts et sacrifices pour sauver la boutique, peu importe aussi que leur défaillance ne tienne qu’à une conjoncture désastreuse, à la faillite d’un « donneur d’ordre » indélicat, la communauté des banquiers les rejetaient, pour dix ans, ou à vie. Il parait même que le taux de suicides chez ceux qui entreprennent dépasse, et de loin, celui des fonctionnaires du service public de la Poste…ou des élus du peuple.

L’homme politique a le cuir dur. Plus sensible à sa réputation qu’à son honneur, il sait mieux gérer sa relation électorale avec son public qu’un petit patron, lui aussi “livré aux chiens”.

Bien sûr, il y eut des cas comme celui de César Birotteau, employé devenu patron sous la plume d’Honoré de Balzac, qui connut le succès dans ses affaires, et la déroute financière. Poursuivi par ses créanciers, à force de travail et de sacrifices, il réussit à les désintéresser et fut « réhabilité », bref, retrouva son honneur, l’estime de ses pairs et surtout l’intérêt sinon l’affection de ses banquiers.

Le monde politique est moins cruel, avec ses “délinquants”. Pour ses acteurs, la présomption d’innocence s’applique même après la condamnation. La récente élection de Gaston Flosse en Polynésie illustre bien l’ambivalence de nos choix. Avec le temps, on minore le délit. Un moment ternie, la réputation du suspect/condamné, fait de lui un expert en blanchiment ou abus de confiance que l’on invitera sur les plateau…ou réélira. Ce que l’on refusait à l’entrepreneur, ce droit de retour, on l’accorde bien facilement au politique. Comme si l’un était plus utile que l’autre!…Que celui qui écrit le droit peut s’affranchir de la morale qu’il professe à l’autre.

Pino agacé